Je suis entrée dans le salon
Puis j'y ai fait quelques pas
J'ai retrouvé les sensations
Là sous mes yeux, tout était là
Y avait l'odeur de mes parents
Même s'ils n'étaient pas là
Y avait mes frères évidemment
Et puis aussi l'un de mes chats
Le souvenir semblait parfait
Mais la maison avait vieillie
Son âme un peu délabrée
Tout comme ses murs salis
Ici, c'est là que je dormais
C'est là que moi j'ai grandi
Dans cette pièce tellement usée
Qu'elle a dû en voir passer des vies
Si elle pouvait nous raconter
Toutes ces choses qu'elle a vue
Ma mémoire serait épuisée
D'apercevoir ce qu'elle a perdue
Soudain les images me reviennent
Il y avait quand même de l'amour
Mais aussi tellement de haine
Dès que revenait le jour
Je suis arrivée dans la cuisine
Les choses semblaient bien différentes
Pas de restes d'assiettes enfantines
Que je rejetais de façon permanente
Pas ma mère derrière le feu
A me prévenir du danger
Pas mon père, non pas ce vieux
Qu'on ne devait jamais déranger
Il fallu que je monte à l'étage
Je voulais voir moi cet endroit
Celui qui a vu tous mes âges
De mes amours, à mes effrois
Que je découvre là sous mes yeux
Les ruines de mon triste passé
Pour que je me rende compte mieux
Que le temps ne s'arrête jamais
J'ai posé mes pieds sur le sol
Qui grinçait toujours, comme avant
Et sous les couches de papier, de colle
J'avais écrit il y a longtemps
Une date qui m'avait marquée
Un message pour personne
Un truc que seule moi sait
Qui ressemblait presque à un code
Avant de partir je savais
Que je n'étais pas entrée encore
Dans la chambre de ses regrets
Là où elle aurait pu trouver la mort
Je n'avais pas fait de détour
Non plus par ce foutu jardin
Où parfois je tuais mes jours
En attendant que tout aille bien
Une maison ça ne veut rien dire
Ce n'est que de la pierre après tout
Mais il en jailli des souvenirs
Qui vous accrochent jusqu'au cou
Qui font trembler votre âme
Qui vous font parfois sourire
Qui rappellent ces drames
Dont vous avez su vous sortir
Une maison ça ne vaut rien
Pas même son prix sur le papier
C'est la source de tant de chagrins
Et de bonheur, sans les compter
C'est un endroit parfois paisible
Où il serait bien de revenir
Dans les impasses inaccessibles
Dont on fini par se sortir...