Parce que ça fait dix ans, à peu près, que je me crois dans cet état
Que j'attends un geste, un regard, juste un "comment tu vas ?"
Un signe peut être, pas grand chose, c'est certain
Mais y a rien qui vient, jamais personne qui revient
Des gens j'en ai vu partir, peut être même plus que toi
Tu crois peut être que souffrir n'est réservé qu'aux autres, c'est ça ?
Y a longtemps que j'ai perdu le sourire, mais surtout ne le dis pas
L'illusion, c'est mon domaine, je ne m'illustre qu'en ça...
Parce que derrière les façades, y a toujours un grand débat
Une pensée, une missive, un frisson, je ne sais quoi
T'as raison de dire que les autres sont tous des cons
De toute façon, y a pas de raison, on l'est tous un peu au fond
J'ai mal au bide le soir, quand je me couche sous mes draps
Mais c'est pas ce mal de bide que toi tu ressens parfois
ça te prend dans les tripes, ça se déloge même pas
Ni quand tu dors, ni quand tu vis, pas même dans ses bras
Parce que pour avoir un seul regard, d'elle, de lui, juste une fois
J'aurais pu sacrifier mon âme, mais je ne le ferais pas
C'est pas que j'ai perdu espoir, c'est juste qu'il n'y en a plus
Elle a beau me voir, elle se souvient à peine d'où on s'est vu
Pleurer les autres, soi, c'est jamais vraiment facile
On le sait bien, on est préparé, la vie c'est très fragile
Mais quand les autres sont là, encore et toujours vivants
Alors là, on ne peut pas, c'est pas dans nos gènes visiblement
Parce que des fois je me demande, s'il pense encore à moi
Si certains soirs, il regrette, qu'il s'en mord les doigts
C'est pas que ça me toucherait, mais je pourrais au moins sourire
Que ses actes soient payés, que je puisse enfin m'endormir
J'suis complètement seule, j'ai quelques potes, ici et là
Mais personne de confiance, pas au point que tu le crois
Je donnerais pas ma vie pour eux, ils la donneraient pas pour moi
On s'apprécie un peu, mais on s'oublie souvent tu vois...
